PRÉAMBULE

Le 27 septembre 2026, les grands électeurs de Saône-et-Loire renouvelleront la moitié du Sénat. Un scrutin méconnu, souvent incompris, qui pèse pourtant lourd dans l’équilibre des pouvoirs. Colette Petitjean décrypte les règles, les enjeux et les particularités de cette élection pas comme les autres.

Écrit par Colette Petitjean

 

Les sénatoriales restent un mystère pour la plupart des citoyens. C’est le fruit d’une exception française : les sénateurs ne sont pas élus au suffrage direct, mais par un collège de 162 000 grands électeurs. Des maires, des conseillers municipaux, des élus locaux qui, dans l’ombre des médias et des projecteurs, désignent les 348 membres de la chambre haute du Parlement.

Ce système bicaméral n’a rien d’une bizarrerie hexagonale. La plupart des démocraties développées ont une seconde chambre, élue ou nommée, pour équilibrer le pouvoir de l’exécutif et tempérer les ardeurs de l’Assemblée nationale. Le Sénat, lui, ne peut pas être dissous. Il est indépendant du gouvernement. Il n’a pas le pouvoir de le renverser. Mais il peaufine, amende, propose. Il apporte un regard moins politique, plus technique, plus territorial.

En Saône-et-Loire, trois sièges sont à pourvoir. Le scrutin est proportionnel à un tour, avec la règle de la plus forte moyenne. Les candidats se présentent sur des listes bloquées, comportant autant de noms que de sièges à pourvoir plus deux – soit cinq noms – avec une alternance obligatoire homme-femme.

Les grands électeurs ne peuvent pas s’abstenir sans motif légitime. Maladie, empêchement majeur : hors de ces cas, ils risquent une amende de 100 euros. Un suppléant doit obligatoirement être désigné pour remplacer l’indisponible. Le vote blanc, lui, est comptabilisé séparément mais n’entre pas dans le calcul des suffrages exprimés. Le vote nul non plus.

Où votent-ils ? En général au chef-lieu du département. Pour la Saône-et-Loire, c’est à Mâcon, parfois à l’hôtel du département. Les Français de l’étranger, eux, votent souvent par internet ou dans les consulats et ambassades.

Les frais de campagne sont strictement encadrés par la CNCCFP, la commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques. Pour les trois sénateurs de Saône-et-Loire, le plafond est fixé à 10 000 euros par liste, plus 0,02 euro par habitant. Une somme modeste, au regard des enjeux.

Mais que se passe-t-il si un candidat refuse de se plier à ces règles ? Si un compte de campagne est refusé par la commission ? Il encourt l’inéligibilité pour une durée maximale de trois ans. Une sanction qui peut ruiner une carrière politique naissante ou mettre fin à une trajectoire bien établie.

La campagne sénatoriale est discrète. Pas de meetings nationaux, pas de débats télévisés, pas de affiches dans les rues. Des réunions avec les maires, des courriers, des rendez-vous dans les sous-préfectures. Une campagne de proximité, à l’écart des projecteurs.

Dans ce jeu politique très particulier, les alliances se nouent dans les couloirs des conseils municipaux. Les ambitions s’expriment dans les réunions de la chambre d’agriculture ou dans les assemblées de la communauté de communes. Le Sénat, c’est le laboratoire où se forgent les compromis territoriaux.


Écrit par Colette Petitjean
Tribune