Alea jacta est : le sort en est jeté, Marine Le Pen sera bien candidate à l’élection présidentielle.
Préambule de la rédaction
Le sort en est jeté. Marine Le Pen sera candidate à l’élection présidentielle. Elle a choisi de se pourvoir en cassation, suspendant la matérialité de sa peine jusqu’en janvier 2027 au moins. Cette décision ouvre la campagne présidentielle et rebat les cartes politiques.
Notre collaboratrice Colette Petitjean livre son analyse. Elle éclaire les enjeux nationaux, mais aussi les conséquences locales, car le député de la Bresse Éric Michoux est directement concerné. Un regard engagé, un ton libre, qui n’engage qu’elle mais nourrit le débat.
Écrit par Colette Petitjean
Alea jacta est : le sort en est jeté, Marine Le Pen sera bien candidate à l’élection présidentielle
La célèbre phrase de César partant à la conquête de la Gaule retentit aujourd’hui avec une singulière actualité. Marine Le Pen a décidé de se pourvoir en cassation. Ce recours suspend la matérialité de la peine, le bracelet électronique, au moins jusqu’en janvier 2027.
Les avocats au Conseil, près la Cour de cassation, peuvent soulever différentes objections de droit. Question prioritaire de constitutionnalité, questions procédurales, parmi diverses hypothèses juridiques, pour ralentir la procédure. La campagne pour l’élection présidentielle de 2027 a donc concrètement commencé ce 7 juillet.
La Cour de cassation avait annoncé qu’elle ne se prononcerait pas avant janvier 2027. En cas de décision à cette date, Marine Le Pen pourrait éventuellement terminer sa campagne sous bracelet électronique. Mais la Cour pourrait aussi rendre sa décision après l’élection présidentielle.
Marine Le Pen joue un coup de poker juridique. Elle suppose que le pourvoi n’aura pas lieu avant le premier tour, voire avant le second tour. Les délais de cassation tournent autour de douze à quinze mois après le jugement de la cour d’appel. Elle pourra donc aborder son premier déplacement de campagne, prévu demain jeudi à La Flèche avec Jordan Bardella, en toute sérénité.
La candidature de Marine Le Pen, insubmersible politiquement, avec un demi-siècle de présence de la famille Le Pen, est une bonne nouvelle pour la démocratie et pour le pays. Les citoyens auront ainsi la liberté d’élire la favorite des sondages, si telle est leur volonté. Actuellement, Marine Le Pen est présumée innocente, sans bracelet électronique. Sa combativité, forgée par des années d’épreuves et par son histoire familiale, n’a jamais été prise en défaut.
C’est une très bonne nouvelle pour le Rassemblement National, crédité de trente à trente-cinq pour cent dans les sondages. C’est une mauvaise nouvelle pour tous ses adversaires politiques, qui auraient préféré affronter Jordan Bardella. Jugé trop jeune, pas assez expérimenté, donc moins dangereux, même si Marine Le Pen avait envisagé sa candidature à sa place et l’y avait préparé. Le Rassemblement National propose ainsi un binôme Le Pen pour la Présidence, Bardella pour le poste de Premier ministre, tout à fait inédit dans l’histoire des élections présidentielles en France.
Reste toutefois des questions programmatiques non tranchées entre les deux figures du parti. Marine Le Pen est moins libérale, moins proche des décideurs économiques, que Jordan Bardella. Ces différences, pour ne pas dire ces divergences, sur les options pour le redressement de la France ne sont pas minces. Elles devront être tranchées dans le futur programme présidentiel du Rassemblement National.
Jordan Bardella, plus proche des élites économiques et d’une vision libérale de la société, était aussi plus proche des idées de leur allié UDR, Éric Ciotti, et de ses seize députés. Parmi lesquels on compte le député de la Bresse, Éric Michoux. Ce dernier est directement concerné par cette vision économique, de par ses activités de capitaine d’industrie à la tête de GALILE, une ETI de trente-sept entreprises et mille cent salariés.
On a ainsi une Marine Le Pen dont les origines bourgeoises entrent en conflit avec sa classe sociale d’origine, représentant le système. Et un Jordan Bardella issu d’un milieu populaire et des cités, qui s’est élevé socialement et appartient désormais à la classe supérieure, de par son mariage avec la Princesse de Bourbon des Deux-Siciles. En parallèle, Éric Michoux, actuel député UDR de la Bresse, est aussi un self-made man qui s’est élevé lui-même socialement, de par sa réussite d’abord industrielle, puis politique.