Au Medef, Ciotti teste son programme pour 2027 avec deux députés patrons
Éric Ciotti est venu présenter son projet économique au Medef. Il n’est pas venu seul.
À ses côtés, deux députés de l’UDR, deux élus qui sont aussi des chefs d’entreprise : Gérault Verny, patron du groupe Mont-Blanc Composite, et Éric Michoux, à la tête du groupe Galilé et figure de la Bresse. Une double casquette rare à l’Assemblée nationale.
Face au bureau exécutif du Medef, à son président Patrick Martin et à Éric Trappier, président de l’UIMM, le président de l’UDR a déroulé un programme en sept piliers. Il l’a qualifié d’audacieux, d’ambitieux, de courageux.
Le message est simple : la France est au pied du mur, ceux qui la dirigent ne l’ont jamais compris, et ne semblent pas vouloir le comprendre.
Éric Ciotti n’a pas mâché ses mots. « Tous les paramètres économiques se dégradent de façon accélérée. Le chômage, les déficits, la dette, les prélèvements obligatoires, les dépenses publiques, tous ces indicateurs qui traduisent la bonne ou mauvaise santé d’une économie sont aujourd’hui au rouge. » Le constat est posé, brutal, sans fioritures. La France, selon lui, n’a jamais été aussi affaiblie dans la compétition internationale. Il est urgent de porter un projet d’alternance et de changement, car les entreprises en ont besoin. C’est ce message qu’il est venu porter au Medef, accompagné de ses deux députés.
Le choix des deux parlementaires n’est pas anodin. Gérault Verny, député des Bouches-du-Rhône, dirige le groupe Mont-Blanc Composite, une holding basée en Rhône-Alpes. Éric Michoux, député de la 4e circonscription de Saône-et-Loire, est à la tête du groupe Galilé, qui compte 37 usines dans toute la France. Deux élus industriels, une double casquette rare à l’Assemblée nationale, où je constate une large majorité de fonctionnaires du secteur public parmi les catégories socio-professionnelles les plus représentées. La présence de ces deux députés aux côtés d’Éric Ciotti est un signal. Elle dit aux patrons réunis ce jour-là que le programme de l’UDR n’est pas une abstraction, qu’il est porté par des hommes qui connaissent au quotidien le poids des charges, la complexité des normes, la difficulté de recruter, d’investir, d’innover et d’exporter. Les subtilités fiscales, administratives et financières, spécialités françaises depuis des décennies, sont des freins à la compétitivité de la France.
Éric Michoux n’est d’ailleurs pas un inconnu dans les instances patronales. Il a été au Centre des Jeunes Dirigeants de Bourgogne dès 2006, puis président du Medef de Saône-et-Loire et de Bourgogne. Il connaît les interlocuteurs, il parle leur langue. Avec Gérault Verny, il apporte au programme économique de l’UDR une caution industrielle que peu de formations politiques peuvent revendiquer.
Le programme présenté au Medef repose sur sept piliers. D’abord, la baisse des prélèvements obligatoires, gagée par la baisse des dépenses publiques. Ensuite, l’indispensable dérégulation, pour libérer l’activité économique d’un carcan administratif que les chefs d’entreprise jugent étouffant. Puis la mobilisation de l’épargne des Français, dormant sur des livrets, pour l’injecter dans l’économie réelle productive. Le quatrième pilier est le sauvetage du système de retraite par l’ajout d’un étage de capitalisation, une réforme structurelle que beaucoup appellent de leurs vœux mais que les gouvernements successifs n’ont jamais osé porter. Le cinquième pilier est la réindustrialisation du pays. Le sixième, le pari sur l’intelligence artificielle. Ces deux derniers piliers du programme de l’UDR sont portés par Éric Michoux dans ses activités industrielles et à l’Assemblée nationale.
Le septième pilier, implicite mais omniprésent, est l’union des droites. Éric Ciotti ne l’a pas caché au Medef, même si la rencontre était cantonnée aux questions économiques, « car les entreprises en ont besoin ». Il a tout de même rappelé qu’il portait avec Marine Le Pen et Jordan Bardella et leurs alliés du Rassemblement National « ce grand projet d’alternance pour la France, projet audacieux, courageux ». L’alliance avec le RN est assumée, revendiquée. Elle est, selon lui, la condition mathématique de la victoire en 2027.
L’Assemblée nationale, fragmentée en onze groupes parlementaires, est ingouvernable. Sans majorité nette, le pays est condamné à l’immobilisme. L’union des droites n’est plus une option politique, c’est une nécessité arithmétique. Pour le dire avec une formule qui claque : ce n’est plus de la politique, c’est des maths.
L’histoire récente le confirme. François Mitterrand, en son temps, n’a eu de cesse de bâtir l’union de la gauche, n’hésitant pas à s’allier au Parti communiste alors opposé au Parti socialiste, pour accéder au pouvoir. L’union des droites est le pendant de cette stratégie. Elle est désormais indispensable pour dégager une majorité nette à l’Assemblée nationale après la présidentielle de 2027.
Le groupe UDR d’Éric Ciotti, qui a pour ambition de succéder au groupe LR lors des prochaines législatives, attire de plus en plus d’élus LR déçus. Ces élus sont opposés frontalement à la politique d’Emmanuel Macron, soutenue partiellement par leur parti lors des votes à l’Assemblée nationale et au Sénat. On ne peut pas avoir un pied dans l’opposition et un autre dans la majorité sans faire un grand écart idéologique incompréhensible pour les électeurs. Ces derniers réclament à cor et à cri l’union des droites, pour une majorité nette dans la future assemblée, a contrario de la situation actuelle. Éric Ciotti s’en fait le chantre, comme Éric Zemmour, Marion Maréchal, Florian Philippot. Tous ont compris que sans cette union de toutes les droites, la droite restera dans l’opposition.
La rencontre avec le Medef n’a pas abordé ces sujets politiques. Elle était strictement économique, comme l’a souhaité le patronat. Mais Éric Ciotti n’a pas résisté à l’envie de rappeler l’état de la France. Il a qualifié les échanges de francs, fructueux, constructifs. Pour autant, l’état de l’économie conditionne à la fois la production de richesses et sa redistribution, sans recourir à l’emprunt comme la France le fait depuis 1974, incapable de produire un budget en équilibre depuis 52 ans. Reste à transformer l’essai dans les urnes. Le patronat a écouté. Les électeurs trancheront.
Colette Petitjean