Écrit par Par Yves Oper

 

Félicitations, vous êtes en vie au XXIe siècle, l’âge d’or où chaque bulletin météo ressemble à la bande-annonce d’un film post-apocalyptique avec Nicolas Cage. Jadis, en 1976, un 35 °C à l’ombre était prétexte à sortir le pastis, à transpirer en chemisette et à s’émerveiller devant le spectacle estival. Aujourd’hui, oubliez la joie de vivre car si le thermomètre dépasse les 25 °C, l’appareil d’État et les chaînes d’info en continu s’allient pour vous expliquer que vous allez mourir déshydraté, bouilli, carbonisé, tout en ruinant votre épargne à cause de la hausse du prix des courgettes. Bienvenue dans le grand parc d’attractions de la panique généralisée où le monde moderne fonctionne désormais sur un modèle simple qui est le divertissement par la terreur.

Faisons l’inventaire rapide de ce qui est censé vous achever avant la fin de la semaine avec la météo de la terreur où un anticyclone n’est plus du beau temps mais un dôme de chaleur infernal qui fait de vous un suicidaire si vous sortez sans gourde de survie, le marché des légumes de luxe où la sécheresse menace de faire valoir la tomate cerise plus cher qu’un lingot d’or, et la fin du monde en kit où l’eau va disparaître des robinets pour que tout vous convainque que la planète a déjà réservé sa place au purgatoire.

Dès lors, sommes-nous tous appelés à devenir complotistes ou survivalistes, à transformer notre salon en bunker blindé tout en révisant nos classiques en bouclant sur Charlton Heston dans Soleil Vert pour deviner si notre futur destin consiste à manger des biscuits à base de grand-mère ? Entre le grand terrassement qui consiste à creuser son caveau tout de suite pour s’éviter le stress des factures puisque l’on ne sort jamais vivant de toute façon, et l’option du fou rire salvateur qui consiste à rappeler une vérité statistique fondamentale que les marchands de peur oublient à savoir que le taux de mortalité humaine est de 100 % depuis la nuit des temps avec ou sans réchauffement climatique, le doute s’installe.

Nos ancêtres ont traversé les guerres mondiales, la peste, la famine, la menace atomique et la musique disco sans antidépresseurs à tous les coins de rue, alors mourir d’angoisse parce qu’il fait chaud en été et que les concombres coûtent 30 centimes de plus reste un sacré gâchis. La vie est une aventure totalement absurde, un jeu dont l’issue finale est connue d’avance puisque l’on perd tous à la fin, alors entre paniquer en hurlant face à un bulletin météo ou accepter que ce monde soit un cirque géant tout en commandant une bière bien fraîche, le choix est vite fait de créer des souvenirs, faire des enfants si ça vous chante, planter des tomates même si elles coûtent cher, et se rappeler que la meilleure façon de niquer le système de la peur, c’est encore de continuer à vivre avec le sourire en coin sans aller tout de suite acheter un masque à gaz sur internet.


Yves Oper

 

 

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