PRÉAMBULE

Le pacte républicain tient-il encore ? Entre une administration tentaculaire, une classe politique discréditée et un pays qui doute, la question mérite d’être posée. Yves Oper signe ici une analyse sans concession sur les fractures qui traversent la nation. Une tribune à lire, à confronter, à débattre.

Écrit par Yves Oper

 

Un pouvoir ne chute pas sous les coups de ses doctrinaires. Il s’effondre le jour où ses piliers basculent.

Pendant un siècle, la France a tenu sur l’ossature d’une caste silencieuse : des hommes d’ordre, de droit et de devoir, éduqués dans le culte de la parole donnée et de la transmission.

Ce sont ces serviteurs que le vide technocratique a méthodiquement broyés. Trop de normes, trop de taxes, trop de bavardages : le monstre administratif a étouffé la cité, vendu le travail et bradé la confiance.

En substituant le comptable au magistrat, l’algorithme à l’autorité et le slogan à l’instruction, les gestionnaires ont commis une faute capitale. L’État est en faillite. Pour financer sa déchéance, il essore le peuple. Il dissipe des fortunes dans des aventures étrangères et des diplomaties défaites, pendant que le pays réclame son dû.

Puis est venu le mépris. Mépris des maires ruraux relégués au rang de subalternes. Mépris des travailleurs assommés de sarcasmes. Mépris des promesses. Emmanuel Macron aura été le catalyseur absolu de cette réaction : en incarnant la superbe des élites déconnectées, il a hâté la rupture. Et tous ceux qui se sont compromis avec lui, troquant leur honneur pour un maroquin, sont à jamais disqualifiés.

Ils ont tout oublié. Ni le feu de la préfecture du Puy-en-Velay, ni la colère des routes n’ont ouvert leurs yeux. Le pouvoir a simulé l’écoute, réclamé des doléances, empilé deux millions de pages avant de tout jeter aux orties. Douze millions d’euros brûlés pour rassurer la comédie parisienne.

L’incurie est totale. Coût de la vie hors de contrôle, sécheresses, canicules, forêts en flammes : la structure centrale est incapable de prévoir. Elle n’a ni les hommes, ni les véhicules, ni la volonté. Les pompiers combattent le brasier avec des armes de fortune pendant que les budgets fondent dans les cabinets de conseil.

Comme ultime affront, la politique s’obstine. Paralysée, muette, accrochée au pouvoir alors que la légitimité est morte, elle impose aux citoyens une attente insultante.

Le signal de fin est là : le coût du carburant. Le diesel, véritable sang de la France qui produit, franchit la ligne rouge. Quand se déplacer pour travailler devient un châtiment, la machine se grippe. Tout va rompre.

Le pacte républicain est caduc. Il ne reste que la résilience. Quand la structure centrale ne garantit plus ni le pain, ni le toit, ni la paix, la loyauté change de camp. Elle quitte l’État défaillant pour se sceller dans le sanctuaire local, le clan, la terre et le réseau de proximité.

Voici la sentence que les aveugles ne savent pas lire : quand les hommes de méthode et de mémoire cessent de colmater les brèches pour bâtir leur propre souveraineté, le système n’est plus à réformer. Il est exécuté. Et la classe politique en paiera le prix, au centuple.

 

 

Yves Oper, chroniqueur à Info Bresse