PRÉAMBULE
Le 12 septembre 2026, François Hollande était l’invité de la 54e Fête de la Rose à Frangy-en-Bresse. Devant les élus, les militants et les sympathisants réunis, l’ancien président de la République a prononcé un discours dense, parfois grave, souvent offensif. Un discours de rentrée politique où il a dressé un constat sévère de la situation nationale et européenne, avant de tracer les contours d’un projet pour la gauche.
François Hollande a d’abord tenu à rappeler l’ancrage historique de cette fête. Née au début des années 1970, à l’initiative de Pierre Joxe, la Fête de la Rose a accompagné toutes les grandes étapes de la gauche au pouvoir. De l’arrivée de François Mitterrand en 1981 à la gauche plurielle de Lionel Jospin, en passant par son propre mandat à partir de 2012. « Cette fête s’est inscrite dans la mémoire socialiste parce qu’elle est née au moment où le Parti Socialiste s’est refondé », a-t-il rappelé.
Mais c’est pour mieux souligner la rupture. « 2017 justement, la gauche a laissé la place, la gauche s’est même progressivement divisée et effacée. » Un constat dur, qu’il étend à l’ensemble de son camp. Les électeurs, après dix ans et deux élections présidentielles, ont été amenés à voter contre plutôt que pour, quand ils n’ont pas été écartés du second tour. « Ces électeurs se posent la même question », dit-il.
Une question qui résume l’enjeu de 2027 : la gauche sera-t-elle capable, par la candidature qu’elle choisira et surtout le rassemblement qu’elle opérera, d’incarner à nouveau l’espoir pour le pays ?
Hollande ne cache pas son inquiétude. Partout en Europe, l’extrême droite progresse, jusqu’à revendiquer le pouvoir. Les comportements de certains élus, les dérives dans les propos publics, tout cela nourrit un climat délétère. « Est-ce qu’il y a encore une force capable d’enrayer ce processus qui conduirait la France, et sûrement l’Europe, à basculer, à verser ? »
La question est posée. Sa réponse tient en une phrase, qu’il martèle : « Rien n’est fatal. Tout dépend de nous. »
Il remonte alors le fil de l’histoire. Pas seulement celle des années noires, où le pays était au bord du chaos. Mais celle, plus longue, de la Ve République. Cette course engagée par François Mitterrand pour que l’alternance advienne. Ce rôle central du Parti Socialiste, capable de dominer en respectant ses partenaires. Les grandes réformes, combattues puis adoptées grâce à la gauche.
« Beaucoup dépend de nous à condition que nous soyons capables de trouver l’issue et que nous puissions élever l’enjeu de l’élection présidentielle », conclut-il.
Le quotidien, justement, est un piège. Le prix de l’essence, les craintes pour la rentrée, le sentiment d’impuissance qui prospère. Si la gauche se laisse prendre à ce jeu, elle ne convaincra personne. « Pour gagner, il faut que les Français soient fiers du vote qu’ils vont faire. » Le suffrage de 2027 ne sera pas seulement utile pour eux-mêmes. Il devra donner à la France un autre élan, permettre à l’Europe de retrouver sa cohésion, et au monde d’espérer dans la paix. « Jamais un vote depuis 50 ans n’a été aussi décisif pour l’avenir de notre pays, de notre continent et même de la démocratie. »
Le monde, il le décrit sans fard. Deux guerres à nos frontières, pour l’une, et pas si loin pour l’autre. Deux conflits meurtriers qui font chaque jour des victimes. Des tensions au Proche-Orient, entre intervention américaine et comportement iranien, avec toutes les conséquences sur notre vie quotidienne. La liberté des mers mise en cause. Le libre-échange entravé par le retour du protectionnisme.
La Chine qui impose sa domination par des subventions massives. L’intelligence artificielle qui bouleverse nos modes de vie et de production. Le climat dont la dégradation s’amplifie et s’accélère.
« Ce monde crée des peurs, mais il doit aussi créer des responsabilités. C’est la nôtre. »
L’Europe, ensuite. Celle que les socialistes ont contribué à bâtir. Un espace paisible, un exemple pour les démocraties. Mais aujourd’hui, l’Europe s’inquiète pour sa sécurité. Elle n’est plus sûre que son allié américain viendra la sauver si elle était attaquée. Elle n’a pas la force nécessaire pour intervenir là où on l’attend.
Elle subit la prédominance commerciale américaine et la concurrence déloyale chinoise.
Et elle est gagnée par les mouvements d’extrême droite. « C’est cette Europe-là que nous avons en charge par le vote que nous allons émettre l’année prochaine. »
La France, enfin. Le constat est sans appel. « On nous avait promis depuis dix ans un dépassement, nous avons un déclassement. » Économique : croissance à l’arrêt, chômage qui reprend, inflation forte, pouvoir d’achat contracté, déficits publics considérables, dette record. Social : accès aux soins et à l’éducation plus difficiles qu’avant. Politique : instabilité rare sous la Ve République, un gouvernement dont le Premier ministre se dit le plus faible de l’histoire, un budget dont on ne sait pas s’il sera voté.
Face à ce désordre, deux attitudes. La première, c’est le repli. Se rétracter, s’enfermer dans ses frontières, se séparer les uns des autres. Une voie que Hollande attribue à la gauche radicale et à l’extrême droite. Elle est possible quand il n’y a plus d’espoir, quand l’inquiétude l’emporte sur toute raison. La seconde, c’est l’union. « Non pas pour sauver un système ou préserver des institutions, mais l’union pour un projet. »
Car ce sont les projets qui comptent, pas les candidats. Chaque jour, il en surgit un nouveau. La question n’est pas de savoir qui se présente, mais qui est capable de porter un projet qui unit, qui fédère, qui rassemble.
Et ce projet, Hollande le décline en quatre piliers. La jeunesse d’abord. Dans une Europe qui vieillit, « quel autre espoir peut-on donner ? »
Il faut réinvestir l’école de la République. Donner plus d’autonomie aux établissements, plus de mentorat aux enseignants, plus de souplesse. Valoriser le lycée professionnel, qui accueille 30 % des jeunes. Les pays qui s’en sortiront le mieux seront ceux qui auront investi sur la jeunesse.
L’intelligence artificielle doit être un outil, pas une menace. « Elle doit être un outil pour l’éducation nationale, une responsabilité pour en maîtriser les conséquences. »
Le travail ensuite. La droite dira qu’il faut travailler plus. Hollande assume. « Oui, il faut travailler davantage. Il faut qu’ils soient plus nombreux à travailler. » 1,5 million de jeunes de 15 à 30 ans sont sans emploi ni formation. Des seniors sont écartés à partir de 55 ans. Des personnes sans qualification ne parviennent pas à se réinsérer. Mais il ajoute une condition : que le travail ait un sens, que la qualité au travail soit une dimension de ce que la gauche propose. Face aux mutations, il faut offrir des qualifications à tous les moments de la vie.
L’écologie comme moteur, pas comme frein. « Ce débat est derrière nous. Nous allons avoir plus d’emplois par l’écologie. » À condition de faire des choix industriels qui correspondent à la fois à l’intérêt de la planète, aux territoires et à l’enjeu productif. Il faut électrifier l’économie, changer les modes de transport et de production.
La souveraineté, enfin. Pas l’autarcie, pas le repli derrière les frontières. « Être capable d’être indépendant sur les choses essentielles. » L’énergie d’abord. La France est « les meilleurs sur le nucléaire ». Elle doit le rester. Et développer les renouvelables. Ne plus dépendre du gaz russe ou du pétrole du Moyen-Orient. « Nous sommes à la fois pour le nucléaire et pour le renouvelable. »
Il évoque le Creusot, les centrales, l’électrification. Et les départements ruraux, où le véhicule électrique doit être prioritaire.
L’agriculture ensuite. Préserver la qualité des produits, l’élevage, le poulet, le maraîchage. Faire le pari de l’agroécologie. Éviter les subventionnements qui poussent à l’agrandissement sans garantir la qualité. La recherche enfin. La France a perdu des places dans le haut niveau de la recherche, l’innovation, l’enseignement supérieur, les mathématiques.
Elle doit redevenir une grande nation scientifique. Une partie des crédits militaires, 6 à 9 milliards par an pour les cinq prochaines années, doit irriguer l’industrie civile. « Ce qui fait la défense d’un pays, c’est d’abord l’esprit de défense. »
Hollande conclut sur une note d’espoir. « Rien n’est fatal. Tout a toujours dépendu de nous. » Il appelle à élever l’enjeu pour élever l’espoir.
Et rappelle que le vote de 2027 sera décisif. « Jamais un vote depuis 50 ans n’a été aussi décisif pour l’avenir de notre pays, de notre continent et même de la démocratie. »