Le 17 octobre a laissé des traces profondes dans le paysage politique. Ce mardi, à l’Assemblée nationale, les questions au gouvernement se sont transformées en un règlement de comptes. Les députés ont exigé des comptes, les ministres ont riposté, et une commission d’enquête a été actée pour faire la lumière sur les responsabilités. Colette Petitjean a suivi ces débats. Elle en livre ici un regard assumé, documenté et sans concession. Un texte à lire comme une chronique politique.

Ce mardi, la séance de questions au gouvernement s’est exclusivement concentrée sur les manifestations du samedi 17 octobre et les demandes d’explications des députés. Avec de part et d’autre des échanges musclés entre les ministres et les différents groupes parlementaires.

À la demande de la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, une commission d’enquête va être créée pour analyser les différentes responsabilités et les solutions à mettre en œuvre. Cette commission d’enquête sera faite par la commission des lois avec trois rapporteurs représentant les trois grands blocs politiques de l’Assemblée nationale : les députés de la mouvance gouvernementale, ceux de la gauche et ceux de la droite, pour un équilibre des forces en présence. Cette commission d’enquête devrait pouvoir rendre ses conclusions en fin d’année, courant décembre 2026.

Lors de cette séance de questions au gouvernement, quatre présidents de groupe se sont exprimés sur les événements du 17 octobre, et nous rapportons quelques-unes de leurs interventions.

Manuel Bompard, LFI : « la jeunesse est en colère depuis 1 mois, elle est en souffrance et réclame 10 milliards pour l’éducation nationale. Ils réclament aussi la fin de Parcoursup, de meilleures conditions pour étudier ». Il pointe aussi le prix des carburants et l’instrumentalisation des manifestations par le gouvernement pour ne pas répondre aux revendications.

Laurent Nuñez dénonce le soutien de l’ultra-gauche qui met de l’huile sur le feu et, s’il veut bien « prendre toute sa part de responsabilités », il dénonce la position de LFI.

Marc Ferrand (Démocrates) : « il n’y a pas d’opposition à une loi contre la violence ».

Le Premier ministre Sébastien Lecornu : « l’ordre public est le préalable à tout. Il existe déjà une responsabilité collective indirecte pour réprimer la casse et les pillages (article 9 de la loi du 10 avril 2019 n°2019-290). Mais il faut une responsabilité individuelle instituée par la proposition de loi déposée le 13 octobre 2026 qui sera examinée au Sénat le 27 octobre 2026. »

(ndlr : on peut s’étonner du délai de 7 ans entre ces 2 mesures législatives dont l’une découle de l’autre.)

Et d’ajouter à l’attention des oppositions : « il faut choisir son camp entre la violence et la République ».

Éric Ciotti (RN) dénonce la perte de contrôle dans certaines villes et pointe la responsabilité du gouvernement.

Mathilde Panot (LFI) a un échange très violent et accuse le gouvernement de « donner des ordres aux services de renseignements de pointer LFI comme responsable des désordres » en s’appuyant sur une enquête de Mediapart.

Sur le même ton, le représentant gouvernemental s’insurge, dénonçant des mensonges que LFI sait parfaitement, et rappelle que les services de renseignements ne s’occupent plus des partis politiques depuis les années 90 et ne reçoivent aucune instruction du gouvernement.

Reste que le pouvoir est pris en sandwich entre différents paramètres et doit arbitrer face aux urgences budgétaires… toutes urgentes :

– il n’y a plus d’argent dans les caisses avec le gouffre de la dette qui augmente avec des taux d’intérêts de plus en plus élevés, des prêteurs internationaux, des agences de notation, le FMI qui observent la France et sa capacité à se désendetter.

– dans ces conditions, comment faire un budget et dégager des fonds supplémentaires quand les caisses de l’État sont désespérément vides ? Sauf à augmenter encore les impôts et prélèvements obligatoires alors que la France détient déjà le record mondial de prélèvements à 48 % du PIB. Il est fort probable que les discussions budgétaires n’aboutissent pas et que le gouvernement fasse passer en force le budget 2027.

– De plus, qui va payer les dégâts, destructions, à la suite des manifestations du 17 octobre ? Si l’État n’a plus d’argent, il est à craindre que ce soit encore les assurances privées qui se retourneront contre leurs assurés en augmentant les primes ou en dénonçant les contrats, et les contribuables appelés à la rescousse par les collectivités territoriales, comme cela a déjà été le cas en 2023, avec le milliard de dégâts intégralement payé par les contribuables ?

– Si l’État choisit d’augmenter le recours à l’emprunt, la dette va encore augmenter et ses intérêts aussi, en faisant reporter leur remboursement sur les générations futures. Ce qui n’exclut pas d’ailleurs de fortes augmentations des prélèvements obligatoires sur toutes les catégories sociales et par tous moyens : sur les patrimoines, successions (taxées à 45 % la France étant le pays qui taxe le plus l’héritage en Europe, ndlr), épargne, avec 9 000 milliards d’euros qui changeront de mains entre les baby-boomers et leur descendance excitant la convoitise de divers politiques, sur les entreprises affaiblissant encore leur compétitivité avec dépôts de bilan prévisibles et augmentation du chômage, fuite des hauts patrimoines, etc… Comme le disait l’ancien Premier ministre Fillon, « je suis à la tête d’un État en faillite », cet aveu lui ayant d’ailleurs coûté fort cher.

– Quant aux solutions à apporter aux différents problèmes français : tous les services publics sont en déshérence (école, justice, hôpital, agriculture, etc…), sauf le recouvrement de l’impôt, il faudra beaucoup de temps et d’imagination pour les solutionner. Le budget de la Sécurité sociale étant également en grave déficit, va aussi subir des déremboursements faute de se réformer en profondeur pour préserver « l’État-providence », avec des assurés sociaux devant recourir de plus en plus aux complémentaires santé à leurs frais s’ils en ont les moyens ou renoncer à certains soins.

– Les prochaines manifestations vont être observées à la loupe dans le monde, avec la capacité de l’État français de maintenir l’ordre public lié aussi aux réponses qu’il apportera à toutes les revendications émanant quasiment de l’ensemble de la société, toutes générations confondues.

– Quant à la prochaine campagne électorale pour les Présidentielles, aucun parti ni aucun candidat ne pourra échapper aux questions de fond et non de personnes, et devra y apporter des réponses précises.

– Pour autant, et ce n’est pas une consolation, la France n’est pas le seul pays d’Europe à traverser cette crise existentielle appelant des solutions qui, pour l’instant, tardent à poindre.

– Emmanuel Macron est pointé comme seul responsable du « mal français » d’un « pouvoir à bout de souffle » mais il faut remonter plus loin dans l’histoire pour pointer les responsabilités depuis environ une quarantaine d’années dans la situation de la France, ce dernier Président étant celui qui met le dernier clou au cercueil.

  

 

Colette Petitjean