Sénatoriales 2026 

Jean-François FARENC, l’indépendance au sénat

Après les 3 sénateurs sortants qui se représentent avec leur couleur politique, 2 candidats affichés l’un LFI et l’autre RN, il ne reste plus que le choix de l’indépendance pour couvrir un large éventail politique. C’est donc Jean-François FARENC, Maire de Blanot, Président de l’association des Maires ruraux de saône-et-loire, qui porte cette voix, et se lance dans ces sénatoriales en 2026, après avoir hésité à le faire en 2020, avec sa liste « agir pour nos communes, défendre la ruralité » mais précise aussi qu’il ne se présente pas au nom de l’association.

Comme précédemment pour tous les autres candidats en lice pour ces sénatoriales du 27 septembre, INFO BRESSE l’a interviewé pour compléter l’information des quelques 1 700 grands électeurs appelés à désigner les 3 sénateurs qui représenteront la saône-et-loire au sénat.

Écrit par Colette Petitjean

Vous vous présentez comme indépendants des partis politiques, quelle serait votre plus-value pour la saône-et-loire et les collectivités territoriales ?

J.F.F. Je ne suis pas certain que le système actuel soit le meilleur avec l’éclatement politique et la fragmentation des groupes et des élus qui sont de plus en plus dans une posture. (au sénat, 8 groupes politiques). Je pense que le fait d’être indépendant, une voix libre des partis politiques, c’est une voix qui porte, une voix forte, assurée, qui votera en fonction des projets de lois ;

En temps qu’indépendant, représentant les maires ruraux, vous êtes sur la même ligne que Paulette Matray, ex.Maire d’une petite commune pendant 24 ans, et qui revendique aussi son ancrage rural. Quelle votre plus-value et votre différence ?

J.F.F. Par rapport à Paulette Matray, nous avons chacun notre « couloir de nage », car ce sont des élections à la proportionnelle, chacun fait valoir ses arguments et sa différence auprès des grands électeurs. Les grands électeurs (environ 1 700) sont des élus, habitués aux débats politiques, savent décripter les enjeux, et sont capables d’apprécier une candidature axée sur notre combat pour la ruralité.

Par exemple, avec les zones de revitalisations rurales en particulier, ce qui est très important dans notre département qui est composé majoritairement de zones rurales (94 % du territoire), 89 communes devaient sortir de ce zonage et perdre ainsi les avantages liés à cette classification : exonération fiscale et sociale des petites entreprises de moins de 10 salariés pendant 10 ans, lors d’une implantation en zone rurale, ex : entreprise artisanale, pharmacie, etc…

On a durement bataillé et moi-même j’ai interpellé le 1er ministre et actionné tous les parlementaires, ce qui a permis de sauver ce dispositif, et de réintégrer les 89 communes exclues, je n’ai pas été le seul, mais j’y ai fortement contribué.

Tous les candidats se revendiquent d’un fort attachement à la ruralité, quelque soit leurs options politiques. Le fait que vous soyez aussi Président de l’association des Maires ruraux vous donne un avantage dans les campagnes, mais la saône-et-loire c’est aussi des petites villes ou moyennes. Pensez-vous qu’il soit opportun d’opposer les maires ruraux aux autres élus, plus urbains ou plus politiques au sénat ?

J.F.F. Je ne me présente pas en tant que Président de l’Association des Maires ruraux mais en candidat indépendant.

Les retours de terrain que j’ai sont très positifs, les grands électeurs semblent apprécier un candidat hors parti politique, et ce, aussi bien les grands électeurs des zones rurales que ceux des villes, petites ou moyennes, car nous n’avons pas en saône-et-loire de grandes villes.

Si vous êtes élus au sénat comme indépendant, vous aurez le choix entre être un sénateur non-inscrit (actuellement, ils sont 3 dans ce cas) où adhérer à un groupe comme « les indépendants – république et territoires » tendance centre-droit, (actuellement 20 sénateurs) mais cela impliquera tout de même de choisir une nuance politique sinon une couleur. Que ferez-vous ?

J.F.F. Le sénat, ce n’est pas comme l’assemblée nationale dont les élus émanent d’un groupe politique (9 groupes à l’assemblée nationale). Au sénat, il y a de grands groupes politiques classiques c’est vrai mais aussi 4 groupes indépendants des partis politiques (sur les 8 groupes du sénat), et je regarderai le moment venu, en fonction du fonctionnement de ces groupes, si certains groupes permettent de conserver une liberté de vote et d’action, à ce moment-là je ferai mon choix.

Pour peser sur les décisions et votes au sénat, participer aux discussions en commissions, le fait d’être indépendant n’est pas le plus efficace pour les collectivités territoriales et le département de saône-et-loire. Comment allez-vous résoudre cette contradiction ?

J.F.F. Ce n’est pas certain, il y a maintenant une voie qui s’offre aux indépendants, qui n’existait pas lors du précédent scrutin (2020). On peut élire un sénateur indépendant qui peut peser au sénat, sans affiliation systématique à un parti politique.

Vous insistez sur la défense des zonages territoriaux, principalement en zone rurale pour que les habitants disposent des mêmes droits et services que les citadins. Cela, tous les candidats le disent, et pointent en particulier, l’agriculture, l’école. Comment allez-vous démontrer votre plus grande efficacité auprès des grands électeurs, et de même comment peser efficacement sur la sur-administration et l’état ?

J.F.F. Je réclame les mêmes concentrations d’effectifs enseignants dans nos écoles qui, avec un habitat dispersé ont moins d’élèves qu’en ville, avec l’exception rurale de 16 élèves par classe pour éviter une fermeture. Il faut conserver au maximum nos écoles rurales même si leur effectif est moindre qu’en ville du fait d’une population moins importante, car l’école c’est l’avenir du pays. On assiste aussi maintenant, y compris dans nos campagnes à une sorte de fragmentation avec des enfants dans une situation difficile, économique, familiale, etc…Après 1 moyenne d’un enfant sur 20 en grandes difficultés de tous ordres, on est passé à 4,5, 6 enfants difficiles par classe, soit une part importante, ce qui impacte directement nos enseignants et bien sûr, la qualité de l’enseignement. Or la France n’est pas bien classée dans le dernier classement PISA, et régresse d’année en année. Il faut donc préserver ce tissu d’écoles rurales à petits effectifs, car l’école c’est le lieu d’apprentissage du futur citoyen, et faire du sujet de l’école, un sujet majeur.

J.F.F. Je rencontre aussi beaucoup d’agriculteurs et d’organisations syndicales agricoles, soit comme candidat soit comme Président de l’Association des Maires ruraux, et tous me disent leurs difficultés particulièrement cette année. En France on compte environ 400 000 exploitations agricoles et on en perd 10 000 tous les ans. Mais cette année, à cause des conditions climatiques, on va en perdre 30 ou 40 000 qui ne pourront plus tenir économiquement à la fin de l’année. Cette situation que je connais bien en tant que Président de l’association des Maires ruraux et que je combats, je la combattrai aussi au Sénat et porterai une voix indépendante mais forte pour peser dans les décisions qui seront prises concernant l’agriculture.

Colette Petitjean

Analyse politique

Ainsi se termine notre série d’interview des 6 candidats en lice pour ces sénatoriales 2026. Pour cette élection qui verra le retour ou l’arrivée de nouveaux venus pour représenter la Saône-et-loire, c’est effectivement un scrutin très ouvert avec un panel plutôt large, les 3 sénateurs sortants dont l’un LR, l’autre apparenté LR et le 3è PS soutenu par les écologistes et la gauche, les 3 candidats sont pour l’un LFI, l’autre RN-UDR et enfin 1 Indépendant.

Avec également parmi les 6 candidats et leurs colistiers, un large panel de professions, de l’agriculteur à l’enseignant agrégé, du médecin en activité à l’ex fonctionnaire territorial, du cadre dans le privé au retraité, du commercial au sans-profession, de l’ex-assistante sociale à l’ancien officier supérieur de marine diplômé de l’école navale, actuellement ingénieur (en activité) spécialiste du nucléaire, industrie très présente en saône-et-loire, tous ces candidats représentent une photographie parlante et vivante de la diversité sociale et des parcours individuels, des plus classiques au plus atypiques.

Et tous, ont de par leur parcours, un vécu et une expérience utile et intéressante qu’ils veulent mettre au service de la saône-et-loire et des collectivités territoriales. Tous ont des points de vue différents mais aussi complémentaires et sur certains sujets, se rejoignent, comme l’école, l’agriculture ou la défense du monde rural.

Mais tous n’auront pas le même poids politique au sénat, selon qu’ils représenteront ou non, la future majorité sénatoriale, actuellement de droite, ce qui est plutôt la tradition du sénat, avec peut-être l’arrivée d’un groupe « trouble-fête » qui a déjà eu le vent en poupe aux dernières municipales et législatives, j’ai nommé bien sûr le RN avec son associé UDR. Il sera plus difficile pour LFI de s’implanter au sénat contrairement à l’Assemblée Nationale habituée à la cacophonie et aux débats houleux, ce qui n’est pas l’ADN du sénat.

Mais si des sénateurs LFI franchissent la porte de la haute-assemblée, on pourra compter sur eux pour un scénario de rupture, ainsi que l’a déclaré le candidat LFI Damien Saley. Ce scrutin sénatorial sera le dernier avant les Présidentielles de 2027, et sans doute l’occasion de compter ses troupes avant l’élection-reine en France celle du Président de la République au suffrage universel. Les quelques 1 700 grands électeurs de saône-et-loire ont l’obligation de vote sauf sanction (100 euros d’amende) et devront donc mettre un bulletin dans l’urne le 27 septembre à la cité administrative de Mâcon.

Les grands électeurs auront l’embarras du choix aussi devront-ils se déterminer en conscience, et arbitrer entre leurs affinités ou oppositions politiques, leurs sympathies ou antagonismes personnels, mais in fine et surtout choisir en fonction de l’intérêt des collectivités territoriales et de la saône-et-loire. Dure réflexion et sans doute choix cornélien en faisant abstraction parfois de leur sensibilité personnelle pour mettre leur vote au service de l’intérêt général et de l’efficacité au service du département, le 6ème plus grand de France qui enverra 3 sénateurs à Paris.

Car dans ce scrutin à un seul tour et à la proportionnelle, chaque voix compte, et à une voix près, cela peu aussi faire perdre ou inversement gagner un siège au sénat. Ils ont jusqu’à dimanche pour réfléchir à leur vote au service de leurs concitoyens qui ne manqueront pas de leur demander des comptes, une fois l’élection passée.

INFO BRESSE pour sa part a essayé de présenter au mieux tous les candidats, en toute indépendance mais aussi avec objectivité, pour renseigner de façon précise et documentée les grands électeurs. Donc, bon vote !

Colette Petitjean