La pantoufle, premier prix L’Épine de la France
Traverser la rue pour trouver un travail ? Quelle plaisanterie. Nos gouvernants ont inventé un art bien plus cynique et lucratif. On appelle cela la promesse électorale. C’est un grand feu d’artifice de mots vides. On jure la main sur le cœur de redresser la France. On promet la plus grande réforme depuis 1958. On brandit la rigueur. On exige des efforts surhumains du citoyen ordinaire. Et pendant ce temps, pour un strapontin ministériel ou un siège doré, on brade ses convictions pour un vulgaire plat de lentilles, reniant jusqu’à sa propre probité dans un vaste festin de compromissions.
Car le pouvoir, c’est d’abord un catalogue d’avantages somptuaires que le bon peuple finance en silence. Demandez donc à Édith Cresson, passée à Matignon pour une poignée de mois seulement, mais dont la voiture de fonction avec chauffeur et les avantages à vie sont restés dans toutes les mémoires comme le chef-d’œuvre absolu du cynisme républicain : pourquoi s’embêter à travailler quand on peut cruiser aux frais de la princesse pour l’éternité ? Voitures, gardes du corps, notes de frais, retraites dorées et indemnités à rallonge transforment l’État en un buffet à volonté pour politiciens en fin de droits.
Regardez Gabriel Attal et sa clique. Ils ont passé des années à presser le contribuable comme un citron. Ils ont voté des réformes brutales, cassé les services publics, repoussé l’âge des retraites au nom d’un prétendu effort national. Eux aussi ont avalé leur plat de lentilles idéologique pour complaire au système, avant de réclamer leur dû. Pour eux, l’effort n’est qu’un concept réservé aux autres.
Regardez ensuite la grande foire des recasés. Olivier Boyer, le mari de la ministre de la Santé, s’installe au Conseil d’État par simple décret familial, bien loin des concours méritocratiques. Jean Castex quitte Matignon pour le fauteuil moelleux de la RATP. Jean-Baptiste Djebbari saute des dossiers ministériels sur l’hydrogène aux conseils d’administration des entreprises qu’il subventionnait la veille. Brune Poirson troque ses leçons d’écologie contre les dorures du groupe Accor. François Fillon transforme ses casseroles judiciaires en lingots d’or à Londres au sein des fonds d’investissement.
Toutes ces belles promesses de renouveau et de moralisation n’étaient que de la monnaie de singe. Les cartes politiques changent, les blasons s’alternent, les reniements s’accumulent au fond de l’assiette, mais la gamelle finale reste toujours somptueuse. Après tout, la République a bien un drapeau tricolore officiel, mais la réalité de son État arbore un symbole autrement plus véridique : une bonne vieille pantoufle en cachemire, bien chaude, cousue de privilèges et payée par les naïfs.
Yves Oper