Le miroir déformant des écrans, ou la fabrique d’une réalité augmentée

 

Préambule de la rédaction

Pourquoi accueillons-nous Yves Oper dans nos colonnes ? Parce qu’il ose poser une question que peu de médias posent, avec des mots précis et une argumentation solide. Il ne cherche pas le scandale, il cherche le débat. C’est exactement ce que nous voulons pour Info Bresse : des voix qui dérangent, des regards qui décalent, des plumes qui assument. Il écrit depuis Lons-le-Saunier, il écrit pour tous ceux qui en ont assez qu’on leur dicte ce qu’ils doivent voir et penser. Nous lui ouvrons nos colonnes, et nous vous laissons juges.

Un éditorial signé Yves Oper, que nous accueillons aujourd’hui dans nos colonnes. Il pose une question aussi simple que dérangeante : quel pays nos écrans sont-ils en train de filmer ?

À l’heure où le moindre spot publicitaire de trente secondes et le moindre téléfilm de l’après-midi semblent obéir à une stricte grammaire de la diversité, une question s’impose avec une acuité croissante : quel pays nos écrans sont-ils en train de filmer ?
 
D’un côté, il y a la statistique froide, celle de la démographie française : une population majoritairement blanche, ancrée dans une histoire longue, au sein de laquelle les minorités visibles et issues de l’immigration extra-européenne représentent une part significative, estimée entre 15 % et 20 % selon les sources. De l’autre, il y a la réalité cathodique : un univers visuel où le couple mixte et le casting arc-en-ciel sont devenus la norme absolue, éclipsant quasi totalement le paysage traditionnel.
 
Ce grand écart n’est pas le fruit du hasard, ni le résultat d’une photographie spontanée de notre société. Il relève d’une ingénierie culturelle et marketing bien rodée. Pour les agences de publicité, le couple interracial est le sésame universel, la « pierre deux coups » idéale : un moyen rapide, indolore et sans risque perçu de cocher la case de la modernité, d’afficher une ouverture d’esprit et de séduire un marché global. Les plateformes de streaming mondiales et les exigences normatives du service public ont parachevé cette uniformisation, appliquant à des fictions tournées dans la France rurale ou provinciale des grilles de lecture dictées par des standards internationaux.
 
 
Le problème est que, à force de vouloir corriger les invisibilités du passé, on bascule dans la surcorrection. En surreprésentant massivement une minorité pour en faire une vitrine permanente, on ne reflète plus la société : on la devance, on l’injoncte, on la réécrit. Pour une large part des téléspectateurs, ce décalage permanent entre ce qu’ils voient à la télévision et ce qu’ils vivent au quotidien dans la rue, au travail ou dans leur famille ne passe plus pour de l’inclusion, mais pour une artificialité provocatrice.
 
Quand la publicité et la fiction ne sont plus le miroir d’une société, mais l’outil programmatique d’un idéal politique ou commercial, elles perdent leur lien de confiance avec le public. À force de vouloir imposer une France plurielle sous forme de quota visuel permanent, on finit par créer un profond sentiment d’étrangeté chez ceux qui ne s’y reconnaissent plus. Et l’on risque surtout d’oublier que le vivre-ensemble ne se décrète pas à coups de casting obligatoires, mais se vit dans le respect de la réalité des peuples et de leur histoire.