Ecrit par Yves OPER

 
 

Le ridicule ne tue plus… heureusement

 

Préambule de la rédaction

Yves Oper n’a pas sa langue dans sa poche. Ancien directeur, manager de transition, il connaît les rouages de l’administration pour les avoir pratiqués de l’intérieur. Il les croque aujourd’hui avec une ironie mordante. Son sujet : la tentative de Gabriel Attal de privatiser le dictionnaire. Un texte au scalpel, à ne pas lire si vous êtes avocat du parti Renaissance.

Il fallait oser privatiser le dictionnaire, Gabriel Attal l’a fait. En assignant en justice le Rassemblement national pour contrefaçon de marque, sous prétexte que le mouvement d’en face avait utilisé le mot « renaissance » dans son slogan, l’ancien Premier ministre a offert à la vie politique un sommet de mesquinerie juridico-politique.
 
La stratégie frisait le génie procédural : à défaut de pouvoir stopper la dynamique de ses opposants ou d’insuffler un second souffle à sa propre boutique, autant tenter de déposer un brevet sur la langue française. On s’étonne presque que son parti n’ait pas cherché dans la foulée à taxer l’usage de la conjonction « et », à attaquer le groupe de musique Renaissance ou à envoyer un huissier à l’ensemble des professeurs d’histoire qui osent enseigner le XVIe siècle sans s’acquitter d’une redevance.
 
Le soufflé judiciaire a explosé en vol devant le tribunal judiciaire de Paris. La sentence est tombée avec une simplicité déconcertante : un slogan politique n’est ni un shampoing ni une marque de yaourt. Pas de contrefaçon commercialisable, pas de parasitisme, et encore moins de risque de voir un électeur confondre l’état-major macroniste avec ses rivaux en lisant une formule sur une affiche.
 
Résultat des courses pour le patron du mouvement : sa demande d’interdiction est balayée, son parti condamné aux dépens, plus une bagatelle de frais à verser aux parties adverses pour couvrir leurs dépenses d’avocats. Une addition salée pour s’être improvisé syndic de copropriété de la langue de Molière. Le pire reste à venir : piqué au vif, le parti vient déjà d’annoncer qu’il faisait appel. Le ridicule ne tue pas, mais il risque de coûter encore un peu d’argent.