PRÉAMBULE

Yves Oper réagit à la visite du pape Léon XIV en France.

Écrit par Yves Oper

 

Il est des séquences politiques où la mise en scène du pouvoir se fracasse sur le mur de la réalité. La visite de Léon XIV en France, marquée par cette marée humaine de centaines de milliers de personnes rassemblées dans un calme absolu au cœur de la capitale, sans émeute, sans voiture brûlée et sans tir de mortier sur la police, a agi comme un révélateur brutal. D’un côté, un exécutif essoufflé, arc-bouté sur une gestion court-termiste et le pilotage à vue d’une société fracturée ; de l’autre, une autorité morale et spirituelle s’inscrivant dans la verticalité des siècles.

À croire que le retour de la civilisation s’est incarné dans un pape en Nike, armé d’un sourire universel et d’un calme des mots. Et bien non, président Macron, il y a bien une culture et une histoire française.

Pendant que le souverain pontife déroulait sa visite avec une souveraine indépendance, la classe politique locale s’est empressée de courir derrière, espérant capter un peu de lumière. En tant que protestant, le pape n’est certes pas mon chef spirituel, mais je respecte profondément ceux qui croient, tant qu’ils se montrent respectueux des autres. Et face à cette prestance, on ne peut que saluer cette posture remarquable : droit dans les yeux avec Dieu, voilà enfin un homme responsable de sa charge. Une rectitude morale qui tranche cruellement avec l’inconstance de nos dirigeants séculiers.

Pendant ce temps-là, la France des cités et des banlieues, la France nouvelle de Mélenchon a pour une fois gardé profil bas.

En s’avouant incapable de penser au-delà du prochain sondage ou de la prochaine crise, le locataire de l’Élysée s’est comporté en véritable apprenti sorcier du temporel. Le pape n’a pas eu besoin de descendre dans l’arène politicienne : par sa seule présence, il a rappelé au pouvoir en place une vérité implacable, à savoir que le temporel de l’histoire s’écrit sur une partition infiniment plus vaste que les illusions présidentielles.

Il était bien temps que la divine Providence nous envoie un messager dans une France touchée par les maux d’un temps dévasté. Reste à attendre le verdict de la prochaine élection, en espérant voir un jour un peu de vraie hauteur dans nos bureaux de vote.

 

Yves Oper, chroniqueur à Info Bresse