Les broutards se raréfient, les prix s’effondrent, les éleveurs de Saône-et-Loire n’y comprennent plus

 

Les chiffres sont têtus. La demande est là, les animaux manquent, et pourtant les prix dégringolent. Réunis ce 24 juillet au Marché au Cadran de Saint-Christophe-en-Brionnais, plus de cent éleveurs et exportateurs ont essayé de comprendre. La réponse est simple : ils ne comprennent pas. Et ils ne sont pas prêts à se laisser faire.

La FDSEA de Saône-et-Loire et les Jeunes Agriculteurs 71 ont organisé la réunion. L’objectif était limpide : mettre tout le monde autour d’une table et poser la question qui fâche. Pourquoi les cours des broutards continuent-ils de chuter alors que tous les voyants sont au vert ?
 
Les chiffres sont sans appel. Sur les seuls mois de juin et juillet, près de 150 000 animaux vifs ont été exportés vers l’Italie et l’Espagne. Un volume équivalent à celui de 2025. La demande est donc bien présente. Dans le même temps, les disponibilités en broutards continuent de fondre. Les estimations tablent sur un déficit de 70 000 à 100 000 têtes au second semestre, conséquence directe de la décapitalisation du cheptel. Moins de bêtes, plus de demande. Les prix devraient monter. Ils baissent. Le paradoxe est total.
 
Les éleveurs ne sont pas venus seuls. Emmanuel Bernard, membre du bureau de la Fédération nationale bovine, Romaric Godillot, président de la Fédération régionale bovine, et Thomas Lemée, président de JA Bourgogne–Franche-Comté, étaient présents. Tous les exportateurs du département avaient fait le déplacement. Plus de cent personnes au total, réunies en urgence. La situation l’exigeait.
 
Au-delà des prix, c’est l’avenir de l’élevage allaitant français qui est en jeu. Quel signal envoie-t-on à un jeune qui s’est installé il y a quelques mois, qui a emprunté, investi, et qui voit ses revenus fondre avant même d’avoir remboursé son premier prêt ? La sécheresse et la canicule aggravent encore la situation. Les stocks fourragers fondent, les charges explosent, et les prix du marché, au lieu de compenser, s’effondrent.
Comment convaincre un autre jeune de franchir le pas si produire davantage conduit à être moins rémunéré ? C’est toute la logique de la filière qui est remise en cause.
 
La FDSEA et les JA ne veulent plus que les éleveurs soient la variable d’ajustement. Leurs revendications sont claires : arrêt immédiat de la baisse des cotations, respect des coûts de production, garantie de rémunération pour les jeunes installés, engagement de tous les opérateurs, diversification des débouchés à l’export, et allègement des démarches administratives liées au transport des animaux.
 
Les éleveurs se mobiliseront dans les prochains jours pour défendre leur revenu, l’installation des jeunes et l’avenir de l’élevage. Le message est simple : sans éleveurs, il n’y aura plus de filière bovine française.