Obligation vaccinale grippe : la HAS a tranché, la Bresse accuse le coup
Les soignants l’avaient redouté. Ils le disaient, ils le craignaient, et beaucoup le refusaient par avance : « On a déjà vécu tout ça avec le Covid. » Cette phrase, entendue sur le terrain avant même l’annonce officielle, résonne aujourd’hui comme une prophétie. La HAS a tranché. L’obligation vaccinale contre la grippe devient une réalité pour des milliers de professionnels de santé.
Dans nos campagnes, où les Ehpad de Louhans-Châteaurenaud, de Saint-Germain-du-Bois ou de Cuisery peinent déjà à recruter, cette décision est un coup de massue. Le personnel a tenu pendant la crise sanitaire, il est usé, et voilà qu’on lui impose une nouvelle contrainte. Les infirmières libérales, qui sillonnent les villages pour soigner les anciens, voient dans cette obligation un geste de défiance. Les médecins généralistes, dont le nombre fond chaque année en Bresse, redoutent que certains ne jettent l’éponge.
Le spectre des "suspendés"
Les critiques ne viennent pas seulement des soignants. Le vaccin contre la grippe, rappellent les opposants, ne protège pas de la transmission. Il réduit les formes graves, c’est un fait. Mais il n’empêche pas le virus de circuler. En faire une obligation, c’est prendre le risque de créer de nouveaux « suspendus », ces soignants écartés de leur poste pour défaut de vaccination. Un scénario que la France a déjà vécu, et qui avait laissé des traces profondes.
L’autre crainte, c’est l’effet domino. Une fois le principe de l’obligation posé, qui peut garantir qu’il ne sera pas élargi ? À d’autres vaccins, à d’autres professions, à la population générale ? Les partisans de la mesure avancent l’argument de la protection des plus fragiles. Les opposants dénoncent une pente glissante qui mène tout droit à l’obligation universelle.
La grogne s'installe en Bresse
En Bresse, terre de libertés paysannes et de méfiance envers la bureaucratie, cette décision ne passe pas sans heurt. Les syndicats locaux montent au créneau. Les directions d’Ehpad s’inquiètent pour leurs effectifs. Les familles de résidents oscillent entre le soulagement de voir leurs aînés protégés, et la peur de manquer de personnel. Le débat n’est plus théorique. Il est là, dans nos villages, dans nos maisons de retraite, dans nos cabinets médicaux. Et il promet d’être aussi vif que l’hiver qui s’annonce.