Préambule de la rédaction

Un média de territoire vit d’une conviction simple : une société qui ne s’expose plus au désaccord se condamne au silence des uns et à l’arrogance des autres. Nous avons donc fait un choix. Celui d’ouvrir nos colonnes à des voix qui ne se ressemblent pas. À droite, à gauche, ailleurs, ou nulle part. Peu importe l’étiquette, pourvu qu’il y ait une pensée.

Car nous ne croyons pas à la neutralité du vide. Nous croyons à l’exigence de l’argument. Une opinion vaut ce que valent ses preuves, sa cohérence, et le respect qu’elle accorde à ceux qu’elle contredit. Ceux qui viennent chercher ici un tribunal, un ring, ou une caisse de résonance pour leurs humeurs n’y trouveront rien. Ceux qui viennent avec une analyse construite, des faits vérifiés et l’honnêteté de reconnaître la complexité du réel y seront toujours reçus.

Le texte qui suit est publié dans cet esprit. Il prend le risque de la parole argumentée, dans un espace où la contradiction est une méthode, et non une menace.

Manuel MORENO

Yvon Mokrane
Tribune libre
Mokrane Yvon
Le rôle premier d’une information locale est d’éclairer les citoyens avec rigueur en rapportant fidèlement les faits. Lorsqu’une trentaine d’élus de la Bresse se rassemblent sur le parvis de la mairie de Louhans-Châteaurenaud pour exprimer leur inquiétude après des violences urbaines, les habitants attendent un compte rendu loyal de leurs prises de parole républicaines.
À la lecture de l’article consacré à cet événement, l’exercice dévie pourtant lourdement. Une analyse rigoureuse du texte publié montre une confusion méthodique entre ce que les maires ont réellement dit et ce que la rédaction a choisi d’ajouter ou de plaquer artificiellement sur leur rassemblement.
 
1. Ce que les élus ont déclaré : une démarche strictement républicaine
Dans la publication, les seules déclarations formellement attribuées aux élus, en l’occurrence Frédéric Bouchet, maire de Louhans-Châteaurenaud, et Anthony Vadot, président de Bresse Intercom, figurent entre guillemets. Que disent-ils ?
 
Ils dénoncent « cette atteinte grave à la liberté d’expression et de démocratie ».
Ils rappellent qu’« il est essentiel que la violence ne soit pas un mode d’expression ».
Ils estiment que la doctrine de maintien de l’ordre devait être interrogée et demandent « le rétablissement de l’ordre républicain ».
 
Ils refusent, enfin, que les budgets communaux et les impôts locaux soient ponctionnés pour réparer des dégâts causés sur des édifices publics, estimant que cette charge financière relève de la responsabilité régalienne de l’État. 
 
Rien de plus, rien de moins. Il s’agit là d’une prise de position d’élus de terrain, centrée sur la protection des biens publics, le respect de la loi et les finances des contribuables locaux.
 
2. Ce que l’article y a greffé : une dérive militante sans rapport avec le terrain 
Le reste de l’article ne relève d’aucun propos d’élu, mais d’une construction idéologique unilatérale insérée sans précaution.
D’où sortent les formules affirmant que ces violences constituent de « véritables attaques -commandos » menées par des individus « chauffés à blanc par des forces politiques d’extrême gauche » ? Pas de la bouche des maires.
D’où sort l’extrapolation électoraliste affirmant qu’il s’agit d’une « macabre répétition des élections présidentielles de 2027 avec LFI annonçant la couleur si Marine Le Pen était élue » ? Aucun élu réuni sur ce parvis n’a tenu une telle tribune partisane.
 
D’où sortent les digressions sur l’ingouvernabilité de l’Assemblée nationale ou les passes d’armes entre partis politiques ? Elles n’ont strictement rien à voir avec la gestion municipale d’une commune de Bresse.
 
3. Le poison du mimétisme : quand le local copie les travers des chaînes d’opinion 
Cette méthode n’est malheureusement pas nouvelle : elle reproduit à l’échelle locale ce que l’on observe chaque jour sur les grands plateaux télévisés et dans les médias nationaux aux mains de grands groupes d’intérêts. Là où l’analyse devrait prévaloir, ces canaux préfèrent matraquer des éléments de langage préconçus, fabriquer du clivage artificiel et orienter sans vergogne l’opinion publique vers l’agenda politique de leurs actionnaires et donneurs d’ordre.
 
La presse locale et citoyenne devrait constituer l’antidote à ce poison médiatique, un rempart fait de proximité, de nuance et de contact direct avec le réel. Or, lorsqu’un support territorial commence à importer ces mêmes procédés de disqualification et d’angoisse militante, il trahit sa vocation fondamentale. Il cesse d’informer pour devenir une courroie de transmission idéologique, sapant définitivement la confiance des lecteurs et la crédibilité même du journalisme.
 
4. La méthode du glissement éditorial
En entrelaçant des citations réelles d’élus locaux avec des considérations politiques extérieures, l’article crée une illusion trompeuse pour le lecteur inattentif : donner à penser que les maires bressans partageaient, cautionnaient ou portaient cette grille de lecture électoraliste.
 
Or, un maire qui demande des comptes à l’État pour protéger le budget de sa commune ne valide pas pour autant un discours de guerre civile ou des scénarios de campagne présidentielle. Utiliser la parole d’élus locaux comme tremplin pour dérouler des procès d’intention partisans trahit la déontologie journalistique la plus élémentaire.
L’honnêteté intellectuelle exige de séparer nettement les faits vérifiables des opinions personnelles, et les déclarations des élus des obsessions militantes. Les lecteurs d’une presse qui se revendique libre et citoyenne méritent qu’on leur présente la réalité des faits, sans filtre ni manipulation.
 
Yvon Mokrane
Tribune libre