La colère gronde dans les stations thermales. Alors que le gouvernement prévoit de transférer 200 millions d’euros de remboursements de cures vers les mutuelles, les acteurs du secteur dénoncent un « déremboursement déguisé ». En Saône-et-Loire et dans le Jura, les stations de Santenay, Bourbon-Lancy, Salins-les-Bains et Lons-le-Saunier se préparent à un automne sous tension.

La mesure est inscrite dans les annexes du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2027. Le gouvernement souhaite réaliser 200 millions d’euros d’économies sur les cures thermales, en transférant cette charge vers les complémentaires santé. Ce transfert s’inscrit dans une bascule plus large de 700 millions d’euros vers les mutuelles. Aujourd’hui, l’Assurance maladie rembourse les cures à hauteur de 65 %, et jusqu’à 100 % pour les patients en affection de longue durée (ALD). Demain, si la mesure passe, les mutuelles n’auront aucune obligation de prendre le relais. « Il ne s’agit de rien d’autre que du déremboursement des cures », alerte Régions de France dans un communiqué.

La mobilisation ne s’est pas fait attendre. Les élus landais dénoncent une « recherche aveugle d’économies ». Dans les Pyrénées-Orientales, la maire d’Amélie-les-Bains s’insurge : « Rayez-nous de la carte, ça ira plus vite ». Partout, le même cri d’alarme : « Un plan de licenciement de 25 000 personnes en France est en marche ».

Le thermalisme pèse lourd dans l’économie de nos territoires ruraux. Selon les chiffres du Sénat, le secteur représente 25 000 emplois directs, 4,8 milliards d’euros de retombées économiques et 220 millions d’euros de taxes et cotisations sociales. Et 90 % des stations thermales se situent dans des communes de moins de 10 000 habitants. En Saône-et-Loire, les thermes de Santenay sont exploités par le groupe Valvital. Dans le Jura, Valvital gère également les thermes de Lons-le-Saunier, et Salins-les-Bains figure parmi les trois sites de Franche-Comté concernés par la menace.

Le sujet dépasse la seule question économique. Il touche à la santé publique. « Les cures thermales ne sont ni un luxe ni un simple confort, mais une composante d’avenir du système de santé français et un outil de prévention reconnu pour les 471 000 patients qui suivent chaque année une cure conventionnée, sur prescription médicale », souligne Régions de France. Un déremboursement, même partiel, inciterait les patients à se tourner vers des alternatives « moins efficaces et beaucoup plus coûteuses », comme les traitements médicamenteux chroniques ou les hospitalisations.

La mesure doit encore franchir l’étape du débat parlementaire. L’an dernier, une tentative similaire avait provoqué une levée de boucliers au Sénat et n’avait pas été menée à son terme. Cette année, le gouvernement compte passer par voie réglementaire, sans vote du Parlement. Une méthode qui passe mal, alors que la Haute Autorité de santé doit rendre son évaluation complète du service médical rendu par les cures seulement fin 2027. D’ici là, les stations de Bresse et du Jura retiennent leur souffle.