Préambule de la rédaction
Yves Oper, notre chroniqueur, s’intéresse à la proposition de taxe sur les mégots déposée par le député Yannick Neuder. Une tribune libre au ton vif, qui relève du débat d’idées. Pour respecter notre ligne éditoriale, notre rédaction a reformulé certains passages afin d’éviter toute expression inappropriée. Le sens du propos a été conservé. Les opinions exprimées restent celles de l’auteur.
Taxe mégot : l’impôt qui ne résout rien
Je ne fume pas. Mais il faut reconnaître que la classe politique a parfois le don de s’emballer pour des solutions sans grande portée. Dernière trouvaille en date : une taxe sur les mégots portée par Yannick Neuder, député de l’Isère, membre de la Droite Républicaine et proche de Laurent Wauquiez.
L’idée semble simple : ajouter trente centimes par paquet pour financer la lutte contre les incendies. Sur le papier, tout paraît vertueux. Mais à y regarder de plus près, la réalité est plus fragile.
Selon l’élu, ni les fumeurs ni les buralistes ne seraient impactés. Les industriels du tabac supporteraient seuls ce prélèvement de plusieurs centaines de millions d’euros. Une vision optimiste.
L’histoire économique a rarement montré des entreprises absorbant de nouvelles taxes sans répercuter, d’une manière ou d’une autre, le coût sur le consommateur. Faire croire le contraire, c’est s’adresser à un public que l’on prend pour moins averti qu’il ne l’est.
Il y a aussi un paradoxe de fond. Les véhicules modernes sont souvent dépourvus de cendrier. Résultat : des conducteurs pressés jettent leur mégot par la fenêtre. Et quelques années plus tard, on propose une taxe pour réparer ce que la disparition d’un simple équipement a contribué à aggraver. Le raisonnement mériterait d’être approfondi.
Autre question : pourquoi taxer le fabricant pour un geste individuel ? On pourrait, en suivant cette logique, taxer les fabricants de briquets pour les incendies, les verriers pour les effets de loupe, ou les vendeurs de grillades pour les feux de barbecue. Le responsable d’un mégot jeté sur le bas-côté n’est pas l’industriel. C’est celui qui le jette.
Ce n’est pas Philip Morris qui jette le mégot sur la route. C’est un conducteur indélicat. Mais verbaliser sur le terrain demande des moyens, des agents, du temps. Taxer depuis un bureau ne demande qu’une signature. La France compte déjà un nombre considérable d’impôts et de taxes. Cette nouvelle proposition semble surtout décorative, sans traiter les causes réelles des incendies.
Pendant ce temps, le problème des départs de feu, lui, reste entier.