Une église, un village au nom insolite, et une souscription pour sauver la mémoire de la Bresse

Elle s’appelle Saint-Barthélemy. Elle domine le village de Juif, en Saône-et-Loire, du haut de ses 260 ans. Sa toiture fuit, ses tuiles plates se fissurent, l’humidité ronge ses murs. Alors, comme on le faisait autrefois pour bâtir les cathédrales, les habitants ont décidé de s’unir pour la sauver. Une association est née, une collecte de dons est lancée. Ce n’est pas une histoire de pierres, c’est une histoire de transmission.

La commune de Juif, 248 habitants, arrondissement de Louhans, communauté de communes Bresse Louhannaise Intercom, porte un nom qui intrigue. Rien à voir avec la religion. Le mot viendrait du terme Juy, une mesure de terre ou une part de fief attestée dès le 13e siècle. La graphie a évolué au fil du temps, de Juys à Juit, puis Juif. Une autre hypothèse le rattache au mot Juis, désignant des droits seigneuriaux. Le maire, André Bêche, en poste depuis 2020 et président de l’association Patrimoine de Juif, a pris soin de publier une note sur le site de la commune pour expliquer cette origine. La Bresse aime les noms qui racontent des histoires.

L’église Saint-Barthélemy est l’une d’elles. Construite en 1765, comme l’atteste l’inscription gravée sur une poutre de la charpente, « PETIOT ADIFICAUIT 1765 », elle a été agrandie d’un bon tiers à partir de 1843, puis dotée de deux chapelles latérales vers 1864, ce qui lui a donné son plan en croix latine. En 1958, le peintre chalonnais Michel Bouillot y a réalisé une fresque murale représentant « Saint-Barthélemy prêchant en Bresse ». Endommagée par l’humidité, elle a été remplacée par une copie. Les murs racontent, mais le temps efface.

Quatre vitraux retiennent l’attention dans la nef : trois en forme de croix colorée, un autre représentant le calice et l’hostie. Dans une chapelle latérale, un vitrail figure un voilier. Détail incongru pour une église de campagne, souvenir d’un donateur ou d’un marin perdu dans les terres. Les églises sont des livres ouverts sur les vies d’avant.

Aujourd’hui, la toiture menace de céder. Les petites tuiles plates, typiques de la région, sont cassées, fendues. Des infiltrations sont visibles à l’intérieur. Le diagnostic est posé : il faut une rénovation complète. Alors, au printemps 2026, une poignée de Jugerats a créé l’association Patrimoine de Juif, avec pour mission de veiller à la conservation du patrimoine bâti de la commune. La mairie, le four à pain, l’ancien presbytère, le monument aux morts, et bien sûr l’église. Son premier combat, c’est cette toiture.

La commune et l’association ont noué un partenariat avec la Fondation du Patrimoine. Une collecte de dons a été lancée en juillet 2026. Les dons sont défiscalisables. La Fondation peut également apporter un financement complémentaire en fonction du montant récolté. Des bulletins de souscription sont à disposition en mairie, dans les églises de la paroisse Saint-Pierre en Louhannais, et via un QR code qui renvoie au site internet de la Fondation.

Cette mobilisation est présentée comme « le début d’une aventure collective où chacun pourra, à son niveau, contribuer à préserver l’histoire » du village. Une aventure, oui. Une course contre la montre, aussi. Chaque tuile qui tombe est un fragment de mémoire qui s’efface. Chaque don est une pierre ajoutée à l’édifice. L’église Saint-Barthélemy ne tombera pas tant qu’il y aura des Jugerats pour se souvenir.